| Emeline Michel |
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Artiste au style unique, polyvalente, entertainer hors-pair sachant s’adapter à des publics divers, captiver l’intérêt dès les premières notes, la musique d’Emeline égale aisément celle d’une Angélique Kidjo (Bénin), d’un Youssou N’Dour (Sénégal) ou même, osons-le, d’une Myriam Makeba (Afrique du Sud). Sa musique est plus riche, mille fois plus profonde et colorée que celle de Zouk machine (Antilles) et n’a certainement pas à rougir de la musique de Kassav’ (Martinique). Et pourtant, pas de disque d’or pour Emeline, aucune représentation dans ces salles prestigieuses, scènes rêvées de tous les artistes, Centre Bell à Montréal, l’Olympia de Paris ou même le Zénith à défaut. Entre parenthèses Pourquoi les artistes antillais réussissent mieux que nos nationaux dans les ventes de disques? C’est la question que j’ai déjà posée à Ralph Boncy, grand manitou des musiques haïtiennes et du monde. Il m’a répondu que c’est parce que les artistes antillais – la liste est trop longue pour les nommer, j’en ai littéralement le vertige, - sont produits et supportés par des multinationales du disque. Celles-ci s’appellent Warner, Sony-BMG qui nous a offert plusieurs albums de Kassav’, CBS, Phonogram qui a fait le bonheur de Tanya St-Val à qui Emeline a d’ailleurs offert la chanson Universelle (Ansanm), Columbia, WEA qui a notamment produit Malavoi… Alors pourquoi aucun de nos artistes n’est signé par une de ces grandes maisons? Vous me direz qu’Emeline a déjà signé avec Déclic et aussi plus récemment avec Times Square, un label américain, vous ne manquerez certainement pas de me rappeler le contrat avorté avec Sony, mais il demeure que ces épisodes sont tellement rares et brefs qu’aucune comparaison n’est envisageable avec la musique antillaise où le moindre artiste – je ne veux insulter personne – fait facilement 50 000 exemplaires ou plus d’un album voire d’un single.
Quelques exemples pour enfoncer le clou, Thierry Cham a fait 200 000 avec le single Océan; Jocelyne Labylle et Cheela, 500 000 avec Laisse parler les gens; Sonia Dersion, 80 000 avec Tout va bien. En voulez-vous plus, c’est à nous faire pâlir d’envie. (Ces chiffres sont fournis par le syndicat national de l’édition phonographie, SNEP France). On ne parlera pas des Kassav’, Zouk Machine, Ralph Thamar, Malavoi et j’en passe. De quoi donner le tournis. Rappelons qu’un disque d’or en France équivalait avant 2009 à 75 000 / 100 000 copies vendues, 50 000 aujourd’hui. On sait tous que l’industrie du disque est en déclin.
Après des débuts controversés où le public était partagé entre un amour-haine-jalousie et le coup de cœur pour cette jeune fille de 17 ans issue des quartiers populaires de Port-au-Prince, Emeline est aujourd’hui adulée par les Haïtiens qui lui reconnaissent plus qu’un talent, plus qu’une auteure-compositrice-interprète, mais un entêtement, une grâce de reine et surtout un porte-étendard. La petite fille de Bolosse a cédé la place à une grande dame qui n’a de cesse de faire notre fierté. J’en ai encore vu la preuve à Montréal en février dernier où les gens se jetaient dans ses bras, faisaient la file à l’Église St-Irénée pour se prosterner ou presque devant cette femme tellement proche et dont la vie se fond quasiment avec la nôtre. Les festivités de ses noces d’argent avec le public débutent déjà tant cette année est riche en activités et en émotions. Emeline sur tous les fronts
Hier, seule voix féminine haïtienne à la soirée américaine Hope for Haïti, Emeline Michel a récemment donné au moins deux représentations dans des prisons pour hommes et femmes à New York. Puis, après un petit détour sur Montréal au Festival Gospel avec la Chorale Renaissance avec à la clef un moment mémorable chez Chirstiane Charrette à Radio-Canada (disponible sur le net), elle a chanté aux Nations Unies à la mémoire des victimes du séisme de cette organisation qui dispose encore d’une forte présence en Haïti. Elle a enchainé avec ce concert des six mousquetaires où elle a partagé la scène avec Yannick Noah, Angélique Kidjo, Mino Cinelu et ses compatriotes Bélo et Mika Benjamin sur la scène de l’Alliance française à New York.
Et on la verra sur diverses scènes du monde dans les semaines à venir. Fin avril / début mai, elle sera en même temps que Salif Keita au Harare International Festival Africa au Zimbabwe, quatre ans après avoir été artiste en résidence au Burkina Faso où elle a créé la pièce Awa publié sur Reine de cœur avec une brochette de collaborations. Bonne fête Emeline et bon succès pour la suite. Vallès Latry |
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